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La fabuleuse histoire de Monsieur Riquet

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Interview de Jean Périssé, réalisateur

Pourquoi ce titre « La Fabuleuse Histoire de Monsieur Riquet »?

Il y a dans ce titre – « La Fabuleuse Histoire de Monsieur Riquet » – la confrontation inconciliable entre deux vocables : « fable » et « histoire », entre l’imaginaire de la « fabulation » et la rigueur de l’impossible « vérité historique ». C’est antinomique donc très intéressant pour le narrateur qui mène le récit comme une enquête.
Le comédien Bernard Le Coq ne fait pas que dire le texte du commentaire. Dans ses interrogations, il a su ajouter une légèreté et une pointe d’humour distanciée. Il n’en est plus le diseur mais un acteur qui apparaît à l’image dans la peau d’un personnage – sous un éclairage inhabituel : Monsieur Riquet.

S’agit-il d’un docu-fiction ?

Non, pas du tout. Pour moi, le « donner à voir » l’emporte sur le « montrer ». Autant j’aime la fiction avec ses inventions subjectives, ses dérives et ses émotions qui touchent plus à la vraisemblance d’une réalité qu’à sa vérité, autant j’adhère mal à la reconstitution délibérée d’une mise en scène documentaire.
Pourquoi ? Parce que la reconstitution juxtaposée affaiblit, dénature la force intrinsèque du document... que ce soit un tableau, un paysage ou une lettre...
En revanche, dans ce film, je tiens beaucoup à la confrontation imaginaire de Riquet et de Colbert par deux comédiens (Bernard Le Coq et François-Henri Soulié) qui se donnent la réplique par lecture interposée de lettres archivées.
Il ne s’agit pas de reconstitution mais d’évocation. Je privilégie l’imaginaire sans m’éloigner du contenu (que je crois) purement historique.
Dans cet esprit j’ai fait appel au musicien baroque Tormod Dalen pour interpréter seul à la basse de viole diverses pièces de Marin Marais, ou à 2 violes, accompagnée de la violoncelliste Oriane Fohr, le « 13e concert » de François Couperin.
La chanteuse Muriel Batbie-Castell m’a offert, a cappella, une vieille chanson languedocienne que j’ai baptisée
« berceuse pour l’enfant du Miracle, le futur Louis XIV ». L’iconographie, acquise auprès de la « Réunion des Musées Nationaux » et de collections particulières, tient une part prépondérante dans le film. Rien n’est plus fort que la simple observation d’un tableau (ou croquis) de maître, clef indispensable pour un retour authentique dans le temps.

N’étiez-vous pas tenté de réaliser plutôt un film de fiction, comme « L’Occitanienne » votre précédent film ?

En effet, au départ j’ai été contacté par une association qui militait bizarrement pour que le cinéma s’intéresse au créateur du Canal du Midi, Pierre-Paul Riquet. J’ai donc rencontré Jacques de Grenier, président de « Un film sur Riquet » qui m’a tout de suite convaincu de l’aspect romanesque du personnage. Il ne s’agissait pas de réaliser un documentaire mais un « vrai film » de cinéma avec acteurs, costumes et chevaux.
Avec l’écrivain Michèle Teysseyre, j’ai écrit un premier scénario. Mais tout de suite nous nous sommes heurtés au côté lisse du personnage, trop hagiographique à notre goût. D’où l’idée d’aller gratter dans les archives des historiens et des spécialistes passionnés. Par la force des choses, sans être iconoclastes, les zones d’ombres nous sont apparues autrement plus passionnantes que sa « légende dorée » convenue !
Finalement un travail préparatoire – d’investigations et de prises de vues – qui situe le personnage dans son temps, le règne du Roi-Soleil où, parallèlement au Canal de Languedoc, on construisait Versailles – a donné finalement un « vrai » premier film, cette « Fabuleuse Histoire », documentaire pour grand écran !

Et qu’en est-il du film de fiction ?

Je suis en cours d’écriture du scénario définitif.
Tout en étant un film à part entière, le documentaire « La Fabuleuse Histoire de Monsieur Riquet » m’apparaît aujourd’hui comme une nécessité préparatoire dans l’approche de cette nouvelle fiction. Trier le vrai du faux me permet de réécrire, plonger dans l’Histoire pour la réinventer en toute liberté tout en collant au plus près à l’esprit d’une époque et de ses acteurs. Au cinéma tout est possible dès lors qu’on le considère comme un miroir subjectif. Peu importe la rigoureuse vérité historique (souvent complexe et ennuyeuse) pourvu qu’au bout, on touche à l’universel, c’est-à-dire l’émotion vraie, sans mièvrerie.
En tout cas, cette phase du chantier, avec tout le doute et l’angoisse qu’elle génère, encore loin de son aboutissement, me comble d’espérance et de bonheur ! N’est-ce pas là l’essentiel pour un créateur ?